Peut-on passer un bon moment devant A Serbian Film ?

Il y a quelques mois, une idée pour le moins saugrenue m’a pris : acheter A Serbian Film suite à l’annonce de sa sortie sur support vidéo, en France. Étrange, non ? Moi qui m’étais promis de ne jamais regarder ce snuff movie à la réputation un tantinet sulfureuse, quelle mouche m’avait donc piqué ? Aujourd’hui, je n’en ai toujours aucune idée. Je m’étais juste mis en tête qu’il me le fallait à tout prix. Ce que j’ai très rapidement fait puisque je l’ai commandé pour la nouvelle année. Autant vous dire que le réveillon fut fort joyeux !

Mais c’est quoi A Serbian Film ?

Oups, pardon jeune lecteur avide de connaissances, j’allais te laisser sur le bord de la route. Toi qui ne connais pas forcément A Serbian Film, laisse-moi t’expliquer de quoi il en retourne. A Serbian Film est une sorte de snuff movie, c’est-à-dire un film peu recommandable rempli à ras bord de choses perverses, dégueulasses, sordides. Si je te parle de viol, de pédophilie, de meurtre, est-ce que ça te branche ? Peut-être, mais je ne l’espère pas.

Comme tout bon snuff qui se respecte, A Serbian Film s’est très rapidement attiré les foudres de…et bien tout le monde à vrai dire. Très peu de pays l’ont accepté et le film a fait scandale partout où il a eu la chance d’être diffusé. C’est pourquoi il n’arrive que cette année chez nous ! Difficile de vendre un film interdit aux moins de 18 ans, n’est-ce pas ?

Et toi t’en as pensé quoi ?

A cette question parfaitement épineuse, je vais répondre en deux temps, de deux points de vue : celui du simple spectateur (ou du spectateur simplet, au choix) et celui du cinéphile (ou cinéphage, au choix).

J’ai longtemps refusé de regarder A Serbian Film, pour des raisons qui me semblent évidentes. Mais j’ai fini par le regarder et vous vous doutez bien de la réponse : découvrir A Serbian Film n’a pas été un « bon » moment. Les scènes sont abjectes, le réalisateur fait de la provocation gratuite et le film tombe dans l’excès très rapidement. C’est tellement « too much » que c’en est presque indigeste. On fait souffrir un mec, on le torture, on lui fait commettre des choses innommables. Ça ne peut pas être un bon moment. Il n’y a rien de plaisant à regarder A Serbian Film, il n’y a aucun plaisir à en retirer. Le film est juste sombre et ne se détache jamais de cette noirceur, bien au contraire. Plus l’histoire progresse, plus les scènes sont dures et violentes, pour finir dans un feu d’artifice de mauvais goût plus ou moins inattendu et extrêmement pervers.

Du point de vue d’un simple spectateur, à moins d’être complètement tordu, il m’était impossible d’apprécier A Serbian Film. C’est là que la partie cinéphile intervient : A Serbian Film est un bon film.

QUOI ?!

Ok, c’était un peu rapide comme conclusion, mais c’est vrai ! Chaque gros point qui poserait problème aux yeux d’un spectateur lambda est compensé par une qualité suffisante pour atténuer la pénibilité du film.

Certes, le personnage principal est pas du genre aimable. Pourtant, comment ne pas souligner la performance hallucinante de Srdjan Todorovic, monumental Milos ? Le film est sombre, mais porté par une photographie absolument sublime. Ne pas reconnaître le travail formidable effectué sur la lumière relèverait du crime. De même pour la bande-son électrisante, sans laquelle les scènes perdraient énormément en intensité (après, a-t-on besoin d’intensité en regardant un viol de nouveau-né ? C’est un autre débat).

Enfin, et surtout, comment ne pas saluer la démarche jusqu’au-boutiste de Srđan Spasojević, son réalisateur ? Il y a énormément de provocation gratuite derrière A Serbian Film, mais il y a aussi énormément de choses intéressantes, notamment une réflexion (légère) sur le voyeurisme ou encore une critique de la société Serbe.

Dooooonc…?

Pour résumer, on passe un moment ni bon, ni mauvais devant A Serbian Film. Ses côtés écoeurant, provoc’ et extrême le réservent à un public de niche, un public intéressé par les qualités cinématographiques que cache le film, derrière une bonne grosse couche de foutre sanguinolent. Je ne blâme pas les gens qui n’ont pas apprécié A Serbian Film, loin de là. Au contraire, ils sont probablement plus sains d’esprit que moi. Je ne peux juste pas m’empêcher d’avoir une forme d’attachement pour ce film maudit, condamné à être projeté lors de séances underground tardives dans des cinémas de quartier un peu glauques. En même temps, ne sont-ce pas là les meilleures conditions pour découvrir un snuff ?