Critique ciné : Les Gardiens de la Galaxie – Vol 2, de James Gunn

Voyageons dans le temps. Nous sommes en 2008. Marvel pose la première pierre d’un empire de plusieurs milliards de dollars. A l’époque, le film de super-héros n’était pas « si » populaire. Spider-Man et Batman cartonnaient mais sortis de ces deux superstars, c’était un peu le vide absolu, surtout quand il s’agissait de qualité. C’est à ce moment précis que Tony Stark choisit de surgir. C’est précisément cet Iron Man qui a provoqué le plus grand changement cinématographique post-2000, la plus importante mutation du blockbuster depuis des années. L’univers partagé (et cohérent) vient de naître sous nos yeux ébahis, sans même que nous le sachions.

Nous voici maintenant en 2014. L’univers partagé de Marvel est bien établi et les succès s’enchaînent. On note tout de même qu’une petite routine s’est installée. Les films se ressemblent, la formule est toujours la même. On se bastonne gentiment en balançant des blagounettes pas très drôles par intermittence. Thor, Captain America, Iron Man : la même rengaine, encore, encore et encore. Puis d’un coup d’un seul, les Gardiens de la Galaxie débarquent et calment tout le monde. Fun, décalé, jouissif, le film de James Gunn est un parfait hold-up.

Ce qui nous amène à 2017. Les Gardiens de la Galaxie fut un énorme succès pour Marvel, aussi bien critique que public. Et comme c’est Hollywood, que fait-on quand un blockbuster se démarque avec succès ? On le copie ! Du coup, durant les trois années qui ont séparé les Gardiens de la Galaxie de sa suite direct, on a bouffé du trailer sur fond de musique pop en boucle et ça s’est même intensifié sur les derniers mois. Même Marvel a commencé à appliquer la formule à ses autres licence, Ant-Man et Thor en tête. Problème : si l’originalité du premier Gardiens est devenue commune, que reste-t-il au Volume 2 ?

Le résumé

Musicalement accompagné de la « Awesome Mixtape n°2 » (la musique qu’écoute Star-Lord dans le film), Les Gardiens de la galaxie 2 poursuit les aventures de l’équipe alors qu’elle traverse les confins du cosmos. Les gardiens doivent combattre pour rester unis alors qu’ils découvrent les mystères de la filiation de Peter Quill. Les vieux ennemis vont devenir de nouveaux alliés et des personnages bien connus des fans de comics vont venir aider nos héros et continuer à étendre l’univers Marvel.

La critique

Je vais être honnête avec vous dès maintenant, pour que les choses soient bien claires : les Gardiens de la Galaxie Vol 2 m’a diverti. Je le précise maintenant parce que ce qui va suivre relève plus du peloton d’exécution que de la remise de médaille.

Commençons par ce qui est le plus évident. Vous voyez le résumé un peu plus haut ? Ce n’est pas vraiment un résumé, et pour cause : ce nouveau volet n’a pas vraiment de scénario. Dans le premier, l’équipe se mettait en place. On était introduit à chacun des personnages avant qu’il ne trouve sa place au sein de la bande. Ça marchait très bien parce que, même si les personnages étaient tous très différents les uns des autres, ils étaient avant tout des losers. Des ratés. Des bras cassés. On les quittait donc unis à la fin du premier volet et on pouvait espérer une suite en leur compagnie, remplie d’aventures rocambolesques, pour enfin exploiter leur potentiel de crétinerie. Que nenni. Les Gardiens 2 ne raconte rien ou alors il raconte si peu qu’il donne l’impression de stagner.

Tout le film tourne autour du père de Peter Quill (Star-Lord, on sait jamais). Il n’y a rien d’autre. C’est le fil conducteur. Quill Junior rencontre Quill Senior et…c’est tout. Tout le reste n’est qu’intrigues secondaires pour combler les trous. Le film dure tout de même 2H17. Ça fait beaucoup de trous à colmater. Du coup, chaque personnage, dans son coin, a sa mini intrigue. Où est l’équipe ? C’est bien simple, l’équipe n’est réunie que pendant les 15 premières minutes et les 20 dernières minutes. Tout le reste n’est que de l’aventure en solitaire. En résulte un sentiment de camaraderie bon enfant pour ainsi dire quasiment absent tout au long du film. C’est ce qui faisait la force du premier.

En lieu et place de scènes mémorables comme celles qu’offrait le premier opus (la prothèse, la danse, le sacrifice de Groot, etc), on se retrouve face à des tartines complètes de dialogues. On vanne, on explique, on revanne, on réexplique. Le premier avait pour lui un vrai décalage dans les situations et surtout une capacité à exprimer beaucoup de choses sans pour autant coller des lignes et des lignes de dialogue. Là, c’est exactement l’inverse. L’écriture est tellement paresseuse que tout doit être explicité à l’oral. Et comme on parle de famille, forcément, ça dégouline de clichés.

Je passerai volontiers sur l’utilisation moins intelligente des musiques, la mise en retrait de certains personnages (vu qu’il y en a plus), un humour pas bien finaud à coups de références « à la Deadpool » et vous obtiendrez un cocktail fort peu réjouissant…si l’appréciation d’un film était mathématique. Or, ce n’est pas le cas. Malgré son rythme mal branlé, malgré sa paresse, malgré tous les défauts sus-cités, les Gardiens de la Galaxie Volume 2 reste extrêmement sympathique. On prend plaisir à suivre les aventures de cette bande de fous, à entendre leurs blagues, à découvrir les quelques fulgurances offertes par un James Gunn trop sur la retenue.

Moins enlevé, moins abouti, plus linéaire et bas du front, les Gardiens de la Galaxie 2 prend assez mal la succession de son grand frère. James Gunn s’est retenu et livre un film plus sage, plus long, moins fou. Heureusement que les personnages (Yondu en tête), la direction artistique et un final grandiose viennent redonner un peu de peps à une aventure qui manque de mordant. James, tu nous as eus cette fois, pas sûr qu’on sera aussi cléments avec le trois !

Détails

Réalisateur : James Gunn

Casting : Chris Pratt, Zoe Saldana, Bradley Cooper, Dave Bautista, Kurt Russell, Karen Gillan

Distributeur : Disney/Marvel

Date de sortie : 26 avril 2017

Budget : Inconnu (mais sûrement un paquet de fric)

Trailer en VOST

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