Critique ciné : Kong, de Jordan Vogt-Roberts

Qu’on le veuille ou non, le King Kong de Peter Jackson a marqué les années 2000, par son ampleur, par la qualité de sa mise en scène et surtout par le respect que son réalisateur montrait à l’original. Oui, King Kong n’était qu’un remake, mais quel remake ! Douze ans plus tard, le paysage cinématographique a changé, et pas qu’un peu.

D’un cinéma où chaque licence restait dans son coin, nous sommes passés à un cinéma dominé par des univers partagés. En 2017, chaque major prend part à un combat de géants. Disney a son Marvel Cinematic Universe. Universal va se lancer dans le bain avec ses figures historiques (la Momie). Et Warner tente tant bien que mal de lancer son DC Cinematic Universe sans jamais dépasser les 30% sur Rotten Tomatoes. En parallèle, Legendary (filiale de Warner) essaie de mettre en place un autre univers partagé, plus géant, plus…dentu : celui des monstres.

Résumé

Des explorateurs un peu teubés, une île, un singe. What else?

L’avis de GTP

Contrairement à son prédécesseur de 2005, Kong n’est pas un remake, mais un reboot. La Warner ne fait pas complètement table rase du passé puisqu’on retrouve une nouvelle fois Skull Island. En ce qui concerne les personnages, n’espérez pas trouver un réalisateur et ses acteurs. Comptez plutôt sur des scientifiques et des militaires. Même l’époque change puisque le film ne se situe plus dans les années 30. Place aux années 70, à la Guerre du Vietnam et aux Stooges. Ce nouveau contexte permet à Kong de se libérer de l’aura de ses grands frères (et de ne pas en souffrir) mais surtout de s’inspirer d’un autre film on ne peut plus important dans l’histoire du cinéma : Apocalypse Now.

Des couleurs aux musiques, en passant par certaines scènes marquantes, le Kong de 2017 transpire le film de Coppola. Tout y passe : les hélicoptères, le coucher de soleil, la barque, le colonel fou. Malheureusement, jamais le Kong de Vogt-Roberts n’aborde un centième des thèmes que soulevait Coppola en 1979. En réalité, il n’emprunte que son emballage, pour conférer à son reboot une ambiance décalée et servir des scènes d’action mémorables. Car si Kong ne souffre pas de la comparaison avec le Kong de 2005 et même ceux d’avant, c’est parce qu’il ne joue absolument pas dans la même cour. La durée a changé, le rythme a changé, la narration a changé. Tout est plus speed, tout est plus bourrin. On est dans de l’action pure, plongés au cœur de la survie d’une équipe dépassée par des choses qu’elle ne comprend pas. Il faut dire qu’entre le gorille, les araignées et les rampants, il y a de quoi faire.

Ces scènes d’action over the top servent à Larry Fong à exercer tout son talent. Ralentis, plans audacieux, du style en veux-tu en voilà, le bonhomme semble s’amuser comme un petit fou. Dommage que le montage ne lui rend pas honneur, certains plans s’enchaînent de façon un peu aléatoire. Enfin, c’est surtout dommage que toutes ces belles images ne servent qu’à illustrer une coquille vide. Kong ne raconte pas grand-chose et nous sert un sacré de personnages ratés. Seuls quelques-uns parviennent à tirer leur épingle du jeu en étant moins creux que les autres. Pour le reste, il est impossible de s’attacher à des personnages sans caractère, sans personnalité, simplement cantonnés à leur métier. « Je suis un explorateur, donc j’explore ». « Je suis une photographe, donc je photographie ». « Je suis un militaire donc je récite Platoon ». Bref, on ne ressent rien pour eux et le film ne peut du coup se limiter qu’à un enchaînement de scènes d’action certes réussi, mais vain.

Restent une BO au poil, des plans qui arrachent la gueule et une très belle référence à Cannibal Holocaust. Il fallait oser, la Warner l’a fait.

Kong est probablement le divertissement le plus con apparu sur nos écrans depuis des années. On pensait avoir touché le fond de la pauvreté scénaristique avec les films Marvel, mais Kong explose le record avec une facilité déconcertante. Néanmoins, il compense cette absence totale de fond par un visuel décapant et un rythme relativement soutenu, transformant une purge absolue en un plaisir coupable efficace. Certains feront l’erreur de le comparer à ses ancêtres. Les autres pourront apprécier cette virée Fongienne visuellement impeccable et conne comme pas deux.

Détails

 

Kong posterRéalisateur : Jordan Vogt-Roberts

Casting : Tom Hiddleston, Brie Larson, Samuel L. Jackson, John Goodman, John C. Reilly

Distributeur : Warner Bros

Date de sortie : 8 mars 2017

Budget : 185 millions €

Bande-son (sur Spotify)

Trailer en VOST

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