Quatorze ans après son introduction et six après sa chute, la licence Pirates des Caraïbes revient d’entre les morts. Qui l’a invoquée ? Aucune idée. Personne peut-être. Bref, les pirates les plus softs de l’histoire sont de retour, avec une mission double : remettre le nom Pirates des Caraïbes au centre du jeu hollywoodien et surtout faire oublier une affreuse Fontaine de Jouvence. Si Disney n’aura aucune difficulté pour le premier point, le second risque de poser quelques problèmes.

Le résumé

Les temps sont durs pour le Capitaine Jack, et le destin semble même vouloir s’acharner lorsqu’un redoutable équipage fantôme mené par son vieil ennemi, le terrifiant Capitaine Salazar, s’échappe du Triangle du Diable pour anéantir tous les flibustiers écumant les flots… Sparrow compris ! Le seul espoir de survie du Capitaine Jack est de retrouver le légendaire Trident de Poséidon, qui donne à celui qui le détient tout pouvoir sur les mers et les océans. Mais pour cela, il doit forger une alliance précaire avec Carina Smyth, une astronome aussi belle que brillante, et Henry, un jeune marin de la Royal Navy au caractère bien trempé. À la barre du Dying Gull, un minable petit rafiot, Sparrow va tout entreprendre pour contrer ses revers de fortune, mais aussi sauver sa vie face au plus implacable ennemi qu’il ait jamais eu à affronter…

La critique

Mettons de côté cette question du « pourquoi ? ». Non pas que ce soit inintéressant de savoir pourquoi Pirates des Caraïbes revient en 2017. Juste que s’il existait une réponse à cette question, elle n’expliquerait pas comment, après 6 ans d’absence, Pirates des Caraïbes ose revenir aussi mollement sur nos écrans. Et quand je parle de mollesse, je ne parle pas de la communication plus que légère autour du film (personne ne sait que la licence est de retour), mais du film en lui-même.

Que les épisodes de Verbinski semblent loin ! Ce cinquième opus a tout du blockbuster mal formaté ou du mauvais blockbuster formaté (à vous de voir). Personnages insipides, déroulement linéaire, situations machées, remachées et reremachées. On est en terrain connu, tellement connu qu’on s’y emmerde fermement. Jack Sparrow est le même Jack Sparrow, au cheveu près, que celui de la Malédiction du Black Pearl. Il n’y aucune différence. C’est un personnage qui n’a pas évolué, changé, progressé sur 5 épisodes. Bon, je vous concède que c’est une critique qu’on pourrait formuler à chaque opus. Il y a 10 ans, Jack Sparrow était déjà Jack Sparrow, mais il n’y avait pas encore cette impression que Johnny Depp n’apportait plus rien de neuf au personnage.

C’est tout de même moins le vide abyssal qui compose les personnalités de chaque personnage que l’incapacité des scénaristes à écrire un scénario impliquant (ou dans le pire des cas juste fun) pour les spectateurs qui s’avère réellement problématique. Une menace sortie de nulle part, une quête dénuée de sens, des dialogues creux : dire qu’ils ont fait dans la facilité est un euphémisme. En parallèle, les réalisateurs peinent à mettre en scène des situations marquantes. C’est bien simple, en dehors d’une intro relativement spectaculaire (dans l’esprit uniquement, la mise en scène étant plutôt médiocre), aucune scène n’est mémorable. On est bien loin de la scène de la roue dans le Secret du Coffre Maudit ou du Maelstrom du troisième épisode. C’est grâce à ces scènes que l’on peut faire la différence entre un réalisateur comme Gore Verbinski et deux « yes men ». Les money shots ne sont pas à la portée de tout le monde !

Pire encore, et c’est probablement le constat le plus triste que l’on peut faire à la sortie de la séance : cette Vengeance de Salazar est techniquement et artistiquement moins belle que Jusqu’au bout du monde ! Pour un tel budget, il est honteux de proposer un rendu aussi artificiel et des incrustations aussi mauvaises. Le manque total d’audace de la mise en scène met en plus en valeur tous les défauts de la partie SFX. Ouais, on n’est pas aidés par la technique !

« Pourquoi ? », on s’en fout. Par contre, à la question « Est-ce que c’était une bonne idée ? », on peut répondre non. Non, ce n’était pas une bonne idée. La Fontaine de Jouvence a tué la licence et sa mémorable trilogie. La Vengeance de Salazar ne fait que confirmer ce bilan. Les scénaristes n’ont plus rien à offrir, les personnages ont cessé d’étonner. La magie Disney n’opère plus. Et vous savez quelle est la véritable injustice dans cette affaire ? On n’aura jamais de suite à Lone Ranger alors que Pirates des Caraïbes va continuer son petit bonhomme de chemin. Monde de merde.

Détails

Réalisateurs : Joachim Rønning et Espen Sandberg

Casting : Johnny Depp, Javier Bardem, Kaya Scodelarion, Brenton Thwaites, Geoffrey Rush, Kevin McNally

Distributeur : Disney

Date de sortie : 24 mai 2017

Budget : 250 millions

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