Critique ciné : Warcraft – Le Commencement, de Duncan Jones

Par où commencer ? Il y a plusieurs façons d’aborder Warcraft – Le Commencement, projet de longue date dont la gestation fut chaotique :

  • Comme le nouveau Seigneur des Anneaux (pauvres fous) ;
  • Comme une simple adaptation de jeu ;
  • Comme un film d’action dans l’univers de Warcraft ;
  • Comme le début d’une saga qui pourrait être chouette à condition de ne pas foirer l’intro.

Pour résumer, je dirais que Warcraft est “une simple adaptation d’un jeu en chouette film d’action qui devrait débuter une saga dont on ne sait pas si elle ambitionne de devenir le nouveau Seigneur des Anneaux et si c’est le cas, c’est quand même mal barré”. Ca paraît long dit comme ça, et de toute façon, c’est long, mais je vais détailler, ne vous inquiétez pas.

Résumé (pris sur le site officiel)

Le pacifique royaume d’Azeroth est au bord de la guerre alors que sa civilisation doit faire face à une redoutable race d’envahisseurs: des guerriers Orcs fuyant leur monde moribond pour en coloniser un autre. Alors qu’un portail s’ouvre pour connecter les deux mondes, une armée fait face à la destruction et l’autre à l’extinction. De côtés opposés, deux héros vont s’affronter et décider du sort de leur famille, de leur peuple et de leur patrie.

Résumé (réécrit à la main et à la va-vite par votre serviteur)

Les Humains sont les gentils, les Orcs sont les méchants. Parmi les gentils, il y a des méchants et parmi les méchants, il y a des gentils. Tout le monde se tape dessus.

Ce que je pense de Warcraft

J’affectionne beaucoup Duncan Jones. Déjà, parce qu’il est le fils de David Bowie. Et ensuite parce qu’il est à l’origine de Moon et Source Code, deux très sympathiques films de SF, intelligents et bien foutus. Avec Warcraft, il s’éloigne des modestes budgets de ses deux précédentes réalisations pour une enveloppe bien plus conséquente de 100 millions de dollars et un univers pré-établi qu’il chérit au plus haut point. Jones aime le monde de Warcraft et ça se sent. L’univers est traité avec fidélité, malgré quelques changements dans l’histoire originale, et le réalisateur s’est amusé à placer quelques clins d’œil qui feront sourire les fans ici ou là.

Mais c’est là qu’intervient le vrai problème : Warcraft est un film fait pour les amateurs de Warcraft. Si le scénario est suffisamment basique pour être compris par tout un chacun (c’est un minimum), le film n’est pas suffisamment “didactique” pour les non-initiés. L’univers de Warcraft est un puits sans fond en termes de vocabulaire, de lieux et de personnages à connaître, de rites, etc. Il était évident que ce premier épisode ne pourrait pas montrer et expliquer beaucoup de choses, mais il est dommage que quasiment rien ne soit expliqué. Qui sont les créatures bleues que l’on voit au début du film ? D’où viennent les Orcs ? Qu’est-ce que le Kirin Tor ? Comment fonctionnent les clans Orcs ? De nombreuses choses sont complètement laissées de côté pour augmenter la durée des scènes d’action, au détriment de la construction de l’univers. Souvenez-vous en 2001, Peter Jackson parvenait à rendre l’univers de Tolkien accessible à tout le monde, sans pour autant que les explications annexes n’empiètent sur l’intrigue principale. C’était beau, fluide, riche. Ici, les fans comprennent déjà l’univers, c’est pourquoi rien n’est vraiment développé en dehors de l’affrontement Humans vs Orcs. Difficile de mettre en place une saga si le grand public n’a pas les éléments nécessaires pour comprendre le fonctionnement du monde de Warcraft. C’est pourquoi je pense que le film a été avant tout pensé pour les fans.

Ce n’est pas pour autant que les néophytes n’en auront pas pour leur argent. Warcraft est un blockbuster conventionnel dans sa façon d’aborder les choses. Les enjeux sont simples, les personnages identifiables et on ne s’ennuie pas une seconde. L’action est omniprésente et visuellement, pardonnez-moi l’expression, mais ça tue franchement la gueule. Les modélisations sont sublimes, les coups ont de l’impact et la mise en scène de Duncan Jones est lisible et qualitative. Pourtant, même en tant qu’amateur de Warcraft, je n’arrive pas à m’emballer plus que ça pour le film, pour une raison toute simple : les Humains.

Autant les Orcs en jettent, avec des carrures imposantes, des looks bien classieux et une présence bien intimidante comme il faut, autant les Humains sont d’une fadeur absolue. Ils sont comme…absents. Ou endormis. Disons que les acteurs manquent d’investissement, et que le casting n’est de toute façon pas idéal. Lothar par exemple est joué par Travis Fimmel. Je n’ai rien contre lui, vraiment, il a un certain charisme et ne joue pas trop mal. Par contre, il ne dégage strictement aucune noblesse. Ni dans son apparence, ni dans son jeu. Il est vanneur et a un visage un peu buriné, c’est très loin de l’image que l’on peut se faire d’un Humain et plus particulièrement d’un guerrier dans Warcraft. Mais ce n’est pas lui le plus gênant, plutôt le roi inexistant et soporifique et les deux mages. L’un est littéralement ailleurs, l’autre fait l’objet de blagues. Mouais.

En fait, Warcraft est un film mineur. C’est un blockbuster bien foutu, mais qui manque d’envergure, d’ampleur. Peut-être que le Seigneur des Anneaux a eu un effet trop important sur mon appréciation des films d’heroic fantasy, mais j’ai vraiment du mal à voir Warcraft comme autre chose qu’un film d’action dans un univers trop peu exploité. En se limitant aux fans du jeu et en oubliant de cibler les cinéphiles, Blizzard (et dans une moindre mesure Duncan Jones) accouche d’une cinématique longue durée : spectaculaire, bien mise en scène, respectueuse, mais aussi trop limitée et pas franchement mémorable. On retiendra quelques scènes plus marquantes que les autres mais dans l’ensemble, Warcraft n’est qu’un film d’action de plus, sauvé par son background différent et plutôt frais en 2016.

Détails

affiche-Warcraft-Réalisateur : Duncan Jones

Casting : Travil Fimmel, Ben Foster, Paula Patton, Tony Kebbell, Dominic Cooper, Clancy Brown, Ben Schnetzer, Robert Kazinsky, Daniel Wu

Production : Universal

Date de sortie : 25 mai 2016

Budget : 100 millions $

Le trailer en VO