Qui aurait cru un jour qu’un beau jour, le nom Dunkerque ornerait l’affiche d’un blockbuster américain ? Christopher Nolan a fait de ce rêve hautement improbable une réalité en portant à l’écran l’opération Dynamo, mouvement militaire jamais évoqué au collège lorsqu’un professeur mal rasé, vêtu d’un gilet marron et de lunettes un peu bancales, nous parle de la Seconde Guerre Mondiale. Qui dit opération méconnue dit « possibilité de faire un truc un peu différenciant surtout quand le réalisateur est reconnu pour faire des trucs un peu différenciants » (oui, c’est un peu long). Ça aurait tout de même été mieux si la longue proposition était synonyme de « bon film ».

Le résumé

Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940.

C’est très concis.

La critique

Connu pour ses intrigues faussement complexes, Nolan prend toujours un malin plaisir à jouer avec la temporalité de sa narration : inversée dans Memento, multiple dans Inception, relative dans Interstellar. Il remet constamment en question cet élément afin d’apporter un plus aux genres qu’il revisite. Dunkerque ne change pas la donne. Une opération, trois points de vue, trois temporalités :

  • Tom Hardy, dans les airs, pendant 1 heure ;
  • Mark Rylance, en pleine mer, pendant 1 journée ;
  • Fionn Whitehead, sur la terre ferme, pendant 1 semaine.

Ce « gimmick » n’apporte en réalité pas grand chose au film. Il sert juste à donner quelques repères temporels et à faire s’entrecroiser les différents personnages. En termes de narration, ces trois plans servent surtout à densifier un film épuré au possible.

Trop explicatif par le passé, Nolan fait ici l’impasse sur tout ce qui concerne la narration. Peu de paroles, pas de background, tout passe par l’image et les trois cartons des deux premières minutes. C’est à peine si nous connaissons les noms des personnages. Cette épurage permet à Nolan de se focaliser sur la mise en scène, et rien que de la mise en scène. Moins film de guerre que survival, Dunkerque commence tambour battant dans les rues et ne lâche pas le spectateur pendant 1H45. Nolan filme une véritable course contre la montre où l’objectif des personnages qu’est que survie. Et pour ce faire, il plonge le spectateur en plein milieu du combat, dans une volonté de réalisme qu’on ne lui connaissait pas encore. En tout cas, il essaie.

Sauf que ça ne prend pas. Si le début du film est plutôt efficace, le reste s’avère assez poussif. Les intentions de réalisme sont vite gâchées par la chance hallucinante du personnage de Whitehead tandis que l’immersion est mise à mal par des changements de plan bien trop fréquents. Si certains éléments marchent très bien (notamment la vue « viseur » de l’avion), le fait de switcher en permanence de focus entre les trois temporalités et à l’intérieur même de ces temporalités de changer de plan toutes les 3 secondes vient briser la tension que peuvent dégager certains passages. Des plans plus longs auraient été bienvenus.

Dans Saving Private Ryan, Spielberg immerge le spectateur en privilégiant des plans assez longs, très dynamiques, en phase avec les mouvements des soldats (sur le bateau par exemple). Il ne montre jamais directement les ennemis (comme Nolan) mais se passe totalement de musique (pas comme Nolan). Seul le choc des images et le côté invisible de la menace servait à rendre la scène intense, avec un mixage sonore ultra percutant.

Mais ce ne sont ni l’épuration, ni la mise en scène faussement intense qui posent le plus problème ici. C’est la musique. Vous vous souvenez de la scène de Omaha Beach dans Saving Private Ryan ? Pourquoi cette scène était réellement intense, viscérale ? Parce que les plans étaient très appuyées et que Spielberg n’avait pas besoin de musique pour créer de la tension, de l’intensité. Ici, Nolan fait exactement l’inverse. Certes, il s’accroche à peu de personnages (si on peut appeler ça des personnages, il est très difficile de s’y attacher), mais il « remplit » aussi la scène de musique. Une musique tellement bruyante, tellement assourdissante et peu finaude qu’elle vient littéralement massacrer tous les efforts du réalisateur. Chez Nolan, l’image ne suffit plus. C’est un réalisateur qui n’est pas capable de créer des émotions dans sa démarche minimaliste. Il ne sait plus rien faire sans qu’une grosse musique ne vienne appuyer ses scènes.

Résultat, toute la tension qui parcourt film ne vient que de la musique tellement-envahissante-qu’elle-en-devient-oppressante de Zimmer. C’est trop. Beaucoup trop. Elle est omniprésente et nous crie au visage « SOIS IMMERGE BORDEL VAS Y STRESSE ET SOIS TENDU ». 5 minutes, ok. 20 minutes, je veux bien. Près de 2 heures, non, non et non. Pire encore, elle vient étouffer le formidable mixage sonore du film, en atténuant l’impact des bruitages. C’était déjà un défaut de Interstellar et Inception. Dans Dunkerque, c’est littéralement un tue-film. Il n’y a rien de plus frustrant qu’une partition pensée pour combler les lacunes d’une mise en scène insuffisante.

Dunkerque aurait pu être grand, vraiment. Il aurait pu marquer par son jusqu’au boutisme artistique et son déroulement un peu plus risqué que la moyenne. Pourtant, on ne retiendra que la tentative de Nolan de se détacher de ses principaux vices pour au final être rattrapé 2 mètres plus loin par un Hans Zimmer plus envahissant, bourrin et nocif que jamais. Trop découpé, trop « accompagné », le dernier film de Nolan n’est rien de plus qu’un semi-échec que l’on oubliera très rapidement.

Détails

GTP_critique_dunkerque_posterRéalisateur : Christopher Nolan

Casting : Tom Hardy le pilote, Cillian Murphy le meurtrier, Fionn Whitehead le bleu-bite

Distributeur : Warner

Date de sortie : 19 juillet 2017

Budget : 150 millions $

Trailer en VOST