Critique ciné : Power Rangers, de Dean Israelite


De Mighty Morphin…

Que celui à qui le nom Power Rangers n’évoque rien me jette la première pierre ! Porte-étendard d’une génération de super-héros aujourd’hui disparue, nos amis en pyjamas colorés ont animé les matinées de moult têtes blondes, et ce pendant près de 25 ans. J’étais l’une de ces têtes blondes. Bon, Power Rangers n’a pas animé mes matinées pendant 25 ans, mais je faisais en tout cas partie des premiers fans. La première génération, les fameux Mighty Morphin Power Rangers était de loin ma favorite et c’est la seule que j’ai suivie de manière assidue. Chaque matin, je prenais ma dose d’arts martiaux, de gags foireux, de transformations supra-classes et de robots dinosaures.

Comment ne pas être fan en étant jeune ? Dites à un marmot de trois ans que des robots dinosaures peuvent s’assembler pour devenir un robot géant avec une épée géante pour défoncer du streum de deux immeubles, ce sera le nirvana pour lui, les prémices de l’extase.

…à Power Rangers

Alors quand on annonce 20 ans plus tard à ce même bambin que les héros de son enfance massacrés au fil des séries successives et lors de deux passags plus que passables sur grand écran font l’objet de l’attention de Lionsgate, son coeur ne fait qu’un bond. Pourquoi maintenant ? Pourquoi diable ressortirions-nous les Mighty Morphin Power Rangers du placard ? Quelques annonces, un trailer et des costumes peu emballants plus tard, ce petit fan se retrouve dans une salle de cinéma, on ne peut plus pressé de retrouver ses amis en pyjama, inquiet à l’idée de l’effet du temps sur ses souvenirs, inquiet de ne plus rien ressentir pour ces personnages hauts en couleur.

Le résumé (pris sur le site de Metropolitan)

Dans une petite ville, cinq adolescents découvrent qu’ils ont des pouvoirs extraordinaires. Ils vont devoir apprendre à surmonter leurs peurs et à faire équipe pour devenir les Power Rangers : le destin les a choisis pour sauver le monde de la destruction orchestrée par une force extraterrestre surpuissante…

La critique

Avant toute chose, laissez-moi vous apporter une précision pour mieux appréhender cette critique : j’ai beaucoup apprécié Projet Almanac, premier long-métrage de Dean Israelite, réalisateur de cette relecture de Power Rangers.

J’ai employé le mot « relecture » pour une bonne raison : le cru 2017 de Power Rangers n’est pas une simple reprise de Mighty Morphin Power Rangers. Il était évident que ressortir les plus grands représentants du kitsch des années 90 de nos jours aurait mené Lionsgate à un désastre. C’est pourquoi la production s’est démenée pour moderniser la licence. Une modernisation qui passe à la fois par la direction artistique, par l’intrigue, mais aussi par le ton et les enjeux. Les Rangers ont rangé leurs grenouillères au placard pour revêtir de véritables armures, toujours aux couleurs des personnages originaux. L’influence d’Iron Man est évidente et on gagne en crédibilité ce qu’on perd en charme. De la même manière, le réalisateur fait complètement l’impasse sur les phases de morphing. Maintenant, il suffit aux Rangers de penser très fort et leurs armures apparaissent. Bon, soit.

Débarrassé des éléments qui auraient fait de ce reboot un film ringard dès sa sortie, Power Rangers peut prendre son envol et se réapproprier la mythologie de la licence de la plus belle manière possible : dans le respect, sans la dénaturer. Période lycéenne oblige, Dean Israelite fait pencher son adaptation vers du pur teen movie, avec ce que cela implique. On n’échappe pas aux éternels clichés du genre, entre l’intello, la jolie nana propre sur elle mais dark dans le fond, le vanneur, le beau gosse, j’en passe et des meilleurs. Dans ces situations, l’écriture est capitale. Il ne faut pas tenter de masquer ou atténuer ces stéréotypes, tout en évitant de les rendre envahissants. Ça, Power Rangers le fait très bien. Les acteurs ont tous un certain capital sympathie. L’attachement, s’il n’est pas instantané, est très rapide. On s’intéresse à ces lycéens un peu gauches, avec leurs petits ennuis, leur routine, leurs questions. C’était déjà une force dans Projet Almanac, c’est toujours le cas ici. Israelite sait mettre en scène des jeunes stéréotypés, c’est un fait. D’autant plus que cette partie teen movie lorne fortement du côté d’un certain Chronicle. C’est plus sombre, sans être désespéré (bon, Chronicle finit super mal, je vous l’accorde) ou trop sérieux. Israelite jongle merveilleusement bien entre moments de doute et instants funs, rajoutant au passage une vraie consistance à un univers qui en manquait un peu.

M’enfin, on est venus pour voir des Power Rangers, non ? A ma grande surprise, le film se révèle être très introductif. Pas trop introductif. Les armures arrivent très tard dans le film et il n’y au final qu’une scène dans la droite lignée de la série de 1993. Pourtant, l’écriture, la gestion du rythme et le dynamisme de l’ensemble font qu’il n’y a pas de frustration. Je suis allé voir Power Rangers pour voir du Zord, des combats, Rita. Résultat, je me suis retrouvé face à une origin story bien faite, prenante et suffisamment bien construite pour bâtir une réelle attente pour son grand final. Et quel final bon sang !

C’est bien simple, les 30 dernières minutes sont tout ce que les fans attendaient depuis des années. C’est un festival de ce que l’on aime le plus dans la série : robots, baston, méga-Zord, références, musique. Power Rangers se permet même une pique mémorable à Transformers avant de surenchérir dans le destruction porn le plus jouissif. C’est beau, c’est vif, c’est bien mis en scène. Bref, du grand spectacle de haute volée, complètement assumé et à haute teneur en divertissement.

Rarement revival n’aura semblé aussi abouti, aussi assumé, aussi respectueux de ses origines. Lionsgate et Dean Israelite ont parfaitement compris que la meilleure façon de rendre hommage à ces icônes désuettes était de les moderniser sans renier leurs codes. Passé le choc des nouveaux costumes, Power Rangers raconte toujours l’histoire de cinq marginaux aux commandes de robots dinosaures badass au possible, sans honte ni cynisme, mais avec une sincérité touchante. Les Power Rangers que nous aimons n’en ressortent que plus cools. « Cool », c’est bien le mot.

Détails

Réalisateur : Dean Israelite

Casting : Dacre Montgomery, Naomi Scott, RJ Cyler, Becky G, Ludi Lin

Distributeur : Metropolitan

Date de sortie : 5 avril 2017

Budget : 100 millions

Trailer en VOST

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