Êtes-vous déjà sorti d’une salle avec l’envie d’arracher toutes les affiches d’un film ? De le tuer commercialement ? Le massacrer, l’étriper, le brûler ? Retrouver les producteurs et leur coller une grosse tarte en leur demandant « pourquoi ?! » avant de vous rappeler avec votre air suffisant « ah oui, l’argent » ? C’est à peu près l’état dans lequel je me suis retrouvé après le Monde Secret des Emojis, un film dont la critique pourrait se résumer à un long flot d’insultes.

Résumé

💩💩💩

L’avis (bien tranché) de GTP

Qu’est-ce qui faisait de la Grande Aventure LEGO autre chose qu’une publicité longue durée ? Étaient-ce les qualités purement cinématographiques du film ? Peut-être. Ou plutôt le message véhiculé par le film ? Probablement. Comme les Matrix avant lui (et bien d’autres films), LEGO Movie encourage à « faire la nique » au système en place, à le renverser, à sortir de ses gonds et à saisir ce qui fait de chacun de nous une personne exceptionnelle. C’était de la bonne came, un bon message anticonformiste maquillé en publicité pour le plus gros fabricant de jouets au monde. Surprenant et indéniablement malin.

Emoji Movie (appelons-le ainsi) est l’anti-LEGO Movie.

Dans un monde fier d’avoir foutu des smartphones dans les mains de tout le monde, Alex a du mal à exprimer son attirance pour une nana de sa classe, elle aussi toujours penchée sur son smartphone. Jusqu’au jour où il essaie de lui envoyer un emoji (pire technique d’approche ever). Sauf que l’emoji en question (« Bof ») foire son taf d’emoji et c’est la catastrophe. Ouais, Alex balise parce qu’il n’a pas su pécho grâce à son emoji. La vie, c’est dur. La vie, c’est triste. Ainsi démarre l’aventure des emojis « bof » et « high five », dans l’objectif d’être reprogrammé au rayon des emojis sous peine de voir le smartphone dans lequel ils habitent réinitialiser.

Putain, que ce film est con. Et encore, le mot est faible. Nos deux emojis se baladent d’app en app pour donner un temps d’apparition suffisant à chaque marque. Candy Crush, Spotify, même Just Dance, on se croirait devant les spots que l’on ne peut passer qu’après 5 secondes avant chaque vidéo Youtube. Bien sûr, Youtube y est aussi, cela va de soi. Les personnages sont irritants, l’humour complètement foireux, les scènes profondément idiotes et le discours est à gerber. Au début du film, on fait un constat : Alex est comme tous les collégiens normaux, il passe sa vie sur son smartphone. Sauf que rien ne viendra jamais renverser la situation. Alex reste un collégien normal qui passe sa vie sur son smartphone. Le visage consterné, nous avons même droit à un magnifique « Il est bizarre, mais c’est pour ça que je l’aime » au sujet de son smartphone.

Moralité : les smartphones nous bouffent et apparemment C’EST SUPER GÉNIAL PARCE QU’IL Y A DES EMOJIS POUR NOUS AIDER A NOUS EXPRIMER ! Con de film !

Si ce n’était que ça, bon, on pourrait éventuellement juste l’insulter sans lui chier à la gueule. Sauf que ce n’est pas le cas. Le prétexte à l’aventure est déjà un monument de connerie mais attendez de découvrir la leçon derrière le personnage de « Bof ». « Bof » n’est pas un bon « Bof ». Il fait mal son taf et c’est gênant, lui qui rêvait de rentrer dans sa petite case et d’être bien catégorisé dans une société où tout est bien codifié. Dommage pour lui, il exprime plus d’une émotion. Du coup, il se cherche, se trouve et…revient occuper une case afin d’être bien catégorisé dans une société où tout est bien codifié. Humains prisonniers de leurs smartphones, emojis prisonniers de leurs fonctions. Sous ses airs innocents, Emoji Movie est une ode au conformisme, à l’isolement, à la limite tout simplement. De là à penser que Emoji Movie véhicule une idée liberticide, il n’y a qu’un pas…que je vais franchir allègrement.

Emoji Movie n’est pas juste une publicité visuellement écœurante. C’est aussi et surtout un film d’animation profondément idiot et irresponsable. Oubliez toutes les valeurs transmises par les Disney, les Ghibli ou même certains Dreamworks, Emoji Movie n’en a strictement rien à foutre. Il préfère se saouler joyeusement au consumérisme et se complaire dans le fatalisme, sans même essayer de se poser à un moment la question : « Est-ce bien correct tout ça ? ». Un message puant pour un film qu’on ne peut conseiller à personne, et surtout pas à des enfants.

Détails

Réalisateur : Tony Leondis

Casting : Patrick Stewart putain, PATRICK STEWART !

Distributeur : Sony

Date de sortie : 18 octobre 2017

Budget : 50 millions $

Trailer (ou pas)