On pourra reprocher ce qu’on veut à Ben Wheatley, il reste tout de même difficile de ne pas lui reconnaître une certaine audace. De la bizarrerie de Kill List à la suresthétisation de High Rise, le réalisateur anglais a jusqu’à maintenant préféré emprunter des sentiers sinueux et irréguliers plutôt que des routes bien tracées mais monotones. Pourtant, à la vue du trailer de Free Fire, on pouvait croire que le barbu s’était rangé du côté des faiseurs. Fort heureusement, il n’en est rien.

Le résumé

Une vente d’armes clandestine doit avoir lieu dans un entrepôt désert. Tous ceux qui y sont associés se retrouvent face à face : deux Irlandais, Justine, l’intermédiaire, et le gang dirigé par Vernon et Ord. Mais rien ne se passe comme prévu et la transaction vire à l’affrontement. C’est désormais chacun pour soi… pour s’en sortir, il va falloir être malin et résistant.

La critique

Tous les éléments étaient en place pour que Free Fire soit un honnête huis-clos un peu caustique, mâtiné de violence gratuite et de généreuses effusions de sang. Avec le soutien de Martin Scorcese, c’est le minimum auquel il fallait s’attendre. C’est d’ailleurs comme ça que le film commence, comme un huis-clos un peu caustique, mâtiné de violence gratuite et de généreuses effusions de sang. L’échec de la transaction est prétexte à un joyeux bordel , où chaque protagoniste trouve sa place dans un coin d’une pièce déjà bien endommagée.

Cependant, le gunfight blagueur laisse peu à peu sa place à quelque chose d’autre. Du jubilatoire on passe à l’étouffement. La musique se fait stridente. La photographie perd en classe ce qu’elle gagne en crasse. Les personnages rangent un peu de leur verve au placard et deviennent plus bestiaux, plus sauvages. En gros, Ben Wheatley se sert de son petit exercice de style pour développer un thème déjà vu dans sa filmographie : le chaos. Car s’il y a bien une chose que l’on retiendra de ce Free Fire, c’est la manière dont Ben gère ce qui est chaotique.

Au fur et à mesure que le film avance vers son inéluctable conclusion, tout semble moins net, moins carré, moins millimétré. La pièce, déjà jonchée de débris au début du film, devient un véritable champ de bataille où personne ne sait sur qui il est en train de tirer. Le chaos et la confusion, deux éléments que Wheatley maîtrise à la perfection, prennent place et ce qui n’aurait pu être qu’un simple film de commande générique s’inscrit finalement dans la droite lignée de ce que nous avait offert le réalisateur par le passé.

Aussi classique dans son approche que surprenant dans son évolution, Free Fire s’avère être un chouia plus que la simple série B qu’il aurait pu être. Dans un décor atypique, nos acteurs s’en donnent à coeur joie et passent 1H30 à ramper et haleter dans la poussière, pour notre plus grand plaisir. S’il est probablement le plus « banal » des Wheatley sur la forme, Free Fire est bien moins frustrant qu’un High Rise sur le fond. Comme quoi, un peu de modestie ne fait jamais de mal à personne !

Détails

Réalisateur : Ben Wheatley

Casting : Cillian Murphy, Brie Larson, Sharlto Copley, Armie Hammer, Michael Smiley

Distributeur : Metropolitan Film

Date de sortie : 14 juin 2017

Budget : 7 millions $

Trailer en VOST

Note pour la fin : je ne sais pas si c’est de rigueur habituellement et si les autres blogs le font, mais je remercie Metropolitan et Zvi de Mensch Agency pour l’invitation à la projection presse de Free Fire. C’est un nouveau pas franchi pour le blog, un pas que je n’avais pas franchi avec mes précédentes blogs, et j’en suis ravi !