Critique et interview : Maryline, de Guillaume Gallienne

Une citation sur le silence aurait été parfaite pour entamer cet article. Pourtant, c’est une autre citation qui va nous intéresser ici. « Ça fait plaisir de voir un bon film français ». C’est issu d’un tweet au sujet de Carbone, le dernier film d’Olivier Marchal. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’il n’y a pas de bons films français ? Qu’il n’y a rien eu de bien depuis la Grande Vadrouille ? Pourtant, le cinéma français a su nous offrir de belles choses récemment, qu’il s’agisse de l’oscarisable 120 Battements par Minute ou du grandiose Au revoir là-haut d’Albert Dupontel. On en oublie certainement et à cette liste vient s’ajouter Maryline, deuxième long-métrage de Guillaume Gallienne.

Note : vous trouverez sous la critique l’interview de Guillaume Gallienne, menée en compagnie de Victor Van de Kadsye des Brouillons du Cinéma. Nous remercions le Quotidien du Cinéma, Gaumont ainsi que l’UGC de Lille pour avoir permis la rencontre et Charles Dewulf pour l’avoir « immortalisée ».

Résumé

Maryline a grandi dans un petit village. Ses parents ne recevaient jamais personne et vivaient les volets clos. À 20 ans, elle « monte à Paris » pour devenir comédienne. Mais, elle n’a pas les mots pour se défendre. Elle est confrontée à tout ce que ce métier et le monde peuvent avoir d’humiliant mais aussi de bienveillant. C’est l’histoire d’une femme, d’une femme modeste, d’une blessure.

Notre avis sur Maryline

Souvent mise à mal dans des comédies qui ne savent faire d’elle que des personnages asociaux et donc forcément gênants, la figure taiseuse est le centre de Maryline. Ou comment une femme trop calme pour ne pas déstabiliser le monde qui l’entoure parvient à survivre dans un univers où le rapport de force est la principale mesure. A travers Maryline, Gallienne dose ses mots et magnifie le silence. Tour à tour malmenée par un réalisateur oppressant ou délivrée par une actrice bienveillante, la jeune femme bouleverse, constamment dans la retenue et la modestie.

Il faut dire que l’interprétation d’Adeline d’Hermy a de quoi faire fondre le plus dur des spectateurs. L’actrice épate par sa justesse et touche au moindre sourire gêné. Elle est entourée de seconds rôles forts, de l’imposant Lars Edinger à la douce Vanessa Paradis. D’ailleurs, pour la petite histoire, Guillaume Gallienne est parvenu à nous faire apprécier l’artiste. Il fallait le faire tout de même ! Chacun de ces personnages secondaires apporte une pierre essentielle à la construction de Maryline en tant qu’actrice.

Si l’interprétation force le respect, la mise en scène est « classique ». Pas dans le mauvais sens du terme. Maryline paraît hors du temps, mis en image à l’ancienne, aussi bien dans les choix techniques que dans la direction artistique. Une sorte de lettre d’amour à la vieille France, où deudeuche et troquets sont rois. L’ensemble fonctionne parfaitement et Guillaume Gallienne fait preuve d’une véritable maîtrise lorsqu’il s’agit de film le silence. Et c’est plein d’admiration que nous découvrons un final sublime, appuyé par les paroles Léo Ferrer.

Lâché au milieu de films très verbeux pour ne pas dire hystériques, Maryline est une véritable bouffée d’oxygène, un portrait silencieux des plus fascinants. Tour à tour oppressant et bouleversant, anxiogène et léger, Maryline offre à Adeline d’Hermy tout l’espace pour exprimer son talent. On croise les doigts pour les Césars !

Interview du réalisateur Guillaume Gallienne

Détails

Réalisateur : Guillaume Gallienne

Casting : Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Xavier Beauvois, Alice Pol

Distributeur : Gaumont

Date de sortie : 15 novembre 2017

Budget : –

Bande-annonce