Critique ciné : Jigsaw, des frères Spierig

Sept ans. On n’avait pas revu le Tueur au Puzzle depuis Saw 3D, ultime épisode d’une saga qu’on pensait enterrée à jamais, aux côtés des autres franchises horrifiques aux multiples suites. C’était sans compter sur le génie des producteurs, jamais à court d’idées lorsqu’il s’agit de refaire de la soupe dans des vieux pots. Après autant d’années, la recette Saw est-elle toujours d’actualité ? A-t-on toujours envie de voir des tripes sur un montage plus fou que celui de Domino de Tony Scott ? Pas sûr. Et pourtant, rarement le jeu n’a été aussi bon.

Résumé

Après une série de meurtres qui ressemblent étrangement à ceux de Jigsaw, le tueur au puzzle, la police se lance à la poursuite d’un homme mort depuis plus de dix ans. Un nouveau jeu vient de commencer… John Kramer est-il revenu d’entre les morts pour rappeler au monde qu’il faut sans cesse célébrer la vie, ou bien s’agit-il d’un piège tendu par un assassin qui poursuit d’autres ambitions ?

Ce qu’on a pensé de Jigsaw

D’un premier épisode remarquable, la saga Saw n’aura pas retenu que de bonnes leçons. Chaque suite, si elle n’était pas forcément moins bonne que la précédente, réutilisait constamment les mêmes ficelles : torture voyeuriste, rebondissements improbables, montage vomitif et acteurs insupportables. On était en droit de se demander si Jigsaw rénoverait cette formule vieillissante et surtout complètement usée par un Saw 3D pathétique.

Surprise : Jigsaw…ne réinvente pas la roue. Certes, mais il y a un « mais ».

Jigsaw ne réinvente pas la roue MAIS reprend à son compte la formule de Saw 2 (où la saga n’était pas encore ce qu’elle est devenue) tout en la peaufinant pour la rapprocher du niveau de qualité de l’opus original.

Explications. Au fil des années, les Saw se sont perdus dans un scénario toujours plus compliqué à suivre. Certes, le logo Twisted Pictures et les pièces de puzzle typiques de la série vont parfaitement avec ce côté labyrinthique. Cependant, ce qui paraissait cohérent et riche au début a rapidement tourné à l’esbroufe et au ridicule. Le thriller tordu était devenu un simple torture porn improbable. Jigsaw remet les pendules à l’heure. Il abandonne ce montage épileptique écœurant pour une vraie mise en scène classieuse beaucoup plus posée, plus lisible. De la même manière, si la torture est toujours le fer de lance de la série, elle se veut moins complaisante. Jigsaw gère bien mieux ses effets et l’ensemble n’en est que plus digeste.

Mais plus encore que la (relative) discrétion des effets indésirables des précédents Saw, c’est bel et bien l’habileté du montage et de la narration qui force le respect. Si certains personnages sont immédiatement louches, le plus gros du film ne réside pas dans l’identité du tueur, mais sur le bluff du spectateur. Pas de rebondissement foutraque dans Jigsaw, juste une parfaite maîtrise de certains codes par les deux réalisateurs. A la fin du film, on comprend pourquoi ce sont les Spierig qui ont été choisis pour mettre en scène cette renaissance, qui, si elle n’arrive pas à la hauteur du premier, exploite suffisamment bien la mythologie de la série pour en faire une suite pertinente. Maintenant, était-elle indispensable ? Non. Jigsaw reste avant tout un Saw avec ce qu’il faut de personnages débiles et de pièges inventifs, il est juste dommage d’avoir eu à passer par 4 ou 5 films moyens pour en arriver là.

Comme quoi, seul un peu de talent faisait défaut aux suites de Saw. Sans renier ses origines, Jigsaw rééquilibre une formule usée par ses excès. L’hystérie et le grand guignolesque laissent place à une véritable minutie dans la narration. Après Daybreakers et Predestination, les frères Spierig ont encore frappé !

Détails

Réalisateur : les frères Spierig

Casting : Matt Passmore, Callum Keith Rennie, Clé Bennett

Distributeur : Metropolitan Films

Date de sortie : 1er novembre 2017

Budget : 10 millions $

Trailer