Critique ciné : Justice League, de Zack Snyder

Il y a un an et demi, Batman v Superman nous éblouissait. Bancal, maladroit, grandiloquent, charcuté, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier l’oeuvre de Zack Snyder. Rarement un blockbuster n’aura été aussi clivant, la faute à une ambition colossale pour une production pas vraiment heureuse. Dans tous les cas, que l’on soit de la défense ou de l’attaque, Batman v Superman reste une véritable proposition de cinéma, un monstre esquinté par une sortie en salles tronquée, à peine réhabilitée quelques mois plus tard par une Director’s Cut que seule une minorité découvrira.

Malgré cette dernière version, le mal était fait. La Warner, alarmée par les critiques assassines, se retrouva en bien mauvaise posture et décida de changer de formule. « Vindidiou, c’est la noirceur le problème ! », du s’exclamer un des pontes de la major. Moins de noirceur, plus d’espoir et d’humour. Pas franchement rassurant. Pourtant, après un Suicide Squad complètement à côté de la plaque, Wonder Woman redressait un peu la barre. Justice League se pose aujourd’hui en nouvel ambassadeur du DC Cinematic Universe. Les héros rencontrés dans BvS seraient-ils compatibles avec un format réduit, les couleurs flashy et les blagounettes ? Rien n’est moins sûr.

Résumé (pris sur SensCritique)

Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et The Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

L’avis de GTP

Couleurs chaudes, personnages blagueurs, rythme Avengers : il n’y a pas à dire, la tronche de l’univers DC au cinéma a changé. Après une bat-introduction assez fade et un générique Snyderien mais pas trop, le train de l’avenir est lancé. D’un pavé de 2H30 (voire 3H) qui questionne le rapport au divin, à la justice, on passe à un format timbre poste qui n’a que faire de tout ce qui a été monté dans le précédent film de Snyder. On fait table rase du passé. Ce qu’on veut, c’est juste un méchant et un team-up, n’est-ce pas ? Place donc à nos cinq zouaves, contraints d’affronter Steppenwolf, l’un des généraux du bien connu Darkseid. Et c’est tout.

La réunion des héros se fait sans douleur et sans surprise. Si Aquaman et surtout Cyborg séduisent, on est chagriné par l’arrivée de Flash, irritant au possible, la faute à une écriture complètement ratée. Pour ainsi dire toutes ses répliques tombent à l’eau et il est juste cantonné à assurer une scène Quicksilver (c’était inévitable dira-t-on). Quant aux deux « vétérans » de la Ligue, au mieux ils sont effacés, au pire ils sont très mal exploités. Batman, par exemple, est à peu près l’exact opposé de ce qu’il était dans Batman v Superman. Aucune cohérence. Aucune participation. Il est juste le distributeur de billets du groupe. Pour ce qui est de Steppenwolf, on est probablement dans la fourchette basse des méchants foireux du cinéma de super-héros. Plus moche et insignifiant que Doomsday, il fallait le faire tout de même. « Je vais détruire le monde car détruire le monde est mon objectif ». Ok, on repassera.

Pire encore, ces soucis d’écriture, de cohérence et d’insignifiance se retrouvent dans l’intégralité du film. L’intrigue n’intéresse pas, parce qu’elle ne pose tout simplement pas d’enjeux. L’humain est absent, de la première à la dernière minute. Il y a bien une famille russe, mais cet élément plombe Justice League plutôt qu’autre chose. Adieu les icônes, adieu l’implication, adieu l’ambition. Justice League est des plus standards. Il n’a rien à offrir. Même les scènes d’action se répètent. Deux gros morceaux, deux gros silos. Était-ce si compliqué de délocaliser un de ces passages dans autre chose qu’une arène en cercle ?

Bon, si l’intrigue ennuie, les personnages ne convainquent pas tous et que l’action se veut décevante, on doit au moins pouvoir compter sur le plaisir des yeux et des oreilles ? Même pas. Les plans over-the-top-mais-super-bien-composés de Larry Fong ne sont plus. A la place, il faut se coltiner les cadrages communs de Fabian Wagner, directeur de la photographie sur Victor Frankenstein. Qu’avaient-ils en tête ?! C’est laid. 300 millions pour livrer autant d’effets ratés et de scènes visuellement médiocres, c’est du gâchis. Danny Elfman accompagne cette mascarade comme il peut. Dommage que la seule mélodie que l’on retiendra de sa partition sera celle du Batman de 1989.

Dénué d’enjeux, de plaisir et d’enthousiasme, Justice League est un anti-Batman v Superman. Tout aussi maladroit, il substitue la paresse à l’ambition, l’insuffisance à l’excessif et plus simplement le produit au film. Un produit calibré comme un joujou Marvel. Encore faut-il maîtriser la production comme l’écurie concurrente, qui, si elle n’a jamais offert un film de l’ampleur de Batman v Superman, assure toujours au moins le minimum syndical du divertissement. Justice League ne peut pas en dire autant.

Détails

Réalisateurs : Zack Snyder / Joss Whedon

Casting : Ben Affleck, Gal Gadot, Ray Fisher, Ezra Miller, Jason Momoa, Jeremy Irons

Distributeur : Warner

Date de sortie : 15 novembre 2017

Budget : 300 millions €

Trailer