Critique Netflix : War Machine, de David Michôd

En 2015 est sorti The Big Short, un film un peu bizarre à mi-chemin entre le drame social, la comédie pince-sans-rire et le documentaire. Pour vous résumer le bousin, le film tentait d’expliquer à grands coups de termes techniques et de vulgarisation la crise des subprimes survenue il y a dix ans (déjà !). Bref, c’était frais, inventif, didactique.

Aujourd’hui, les producteurs de ce Big Short sont de retour en compagnie de Netflix avec War Machine. Comme son nom l’indique, il n’est plus question ici de finance, mais de guerre. Or, la guerre alimente les films un tantinet critiques depuis des décennies. Est-ce un problème pour le dernier film de David Michôd ?

Le résumé (enfin, ce qui s’en rapproche le plus)

Un film sur la guerre qui retrace le parcours en montagnes russes d’un général américain et souligne la question très actuelle de la limite entre réalité et mascarade cruelle. Se prenant pour un leader né et persuadé d’être dans le vrai, il se précipite, droit dans ses bottes, au cœur de la folie. Brad Pitt pose un regard moqueur sur le général décoré et charismatique Stanley McChrystal, une personnalité militaire parmi les plus clivantes qui a pris la tête des forces de l’OTAN en Afghanistan avec la fougue d’une rock star, avant d’être envoyé au tapis par sa propre vanité suite à l’article sans langue de bois d’un journaliste. War Machine évoque ce que l’on doit aux soldats en posant la question de l’objectif de leur engagement.

La critique de War Machine

Pour le film, le général Stanley McChrystal devient le général Glen McMahon et c’est à lui et au combat qu’il mène que va s’intéresser tout le film. De the Big Short, War Machine conserve uniquement l’aspect didactique et satirique. Michôd fait complètement l’impasse sur la technicité au profit d’un portrait que l’on peut lire de plusieurs manière différentes.

La première est la plus simple : sous l’angle de la moquerie. McMahon apparaît comme un militaire particulièrement décalé, un peu bête, complètement paumé. Il enchaîne les décisions les plus rocambolesques et se retrouve bien souvent opposé au mur de la hiérarchie. Cet angle de la moquerie ne permet de percevoir que l’aspect comédie du film. C’est l’histoire d’un général ridicule au milieu d’un conflit que personne ne comprend.

Or, War Machine n’est pas une comédie, tout comme Big Short avant lui. C’est un drame satirique.

Arrive du coup la deuxième manière de lire War Machine : sous l’angle de la compassion. McMahon n’est pas bête, loin de là. Par contre, décalé et paumé, c’est une certitude. Ce n’est pas forcément de sa faute. Il est placé là, en Afghanistan, comme un point, destiné à être manipulé. On lui dit que c’est une guerre, mais il n’y a ni victoire, ni défaite. On lui dit qu’il doit analyser la situation, alors qu’il ne sera à l’origine d’aucune décision (bien malgré lui). Ainsi, aussi impuissant et perdu qu’il puisse l’être, le général McMahon attire la sympathie. Sa vanité n’est rien comparé à ce qu’il a à gérer. D’ailleurs, si le premier acte sert avant tout à le rendre pathétique, le second vise  à le rendre sympathique. Au fond, sous ses airs de général peu finaud, il reste un homme de conviction. Un homme qui croit en ce qu’il fait et pense, en dépit parfois du bon sens et de ses supérieurs.

C’est dans cet aspect que War Machine se détache du lot. Le but du film n’est pas de dire « la guerre c’est bien » ou « la guerre c’est mal », loin de là. C’est plutôt « Il n’y a pas de guerre et s’il n’y a pas de guerre, pourquoi y foutre des guerriers ?! ». Au fond, McMahon n’est pas et ne sera jamais l’homme de la situation dans pareil conflit. Son éviction n’est alors plus qu’un détail.

Moins technique mais plus divertissant qu’un Big Short, War Machine profite de l’aura de Brad Pitt et de son interprétation d’un soldat à la fois pathétique et sympathique, perdu au milieu d’une affaire pour laquelle il n’est absolument pas taillé. Si on reprochera au film quelques baisses de rythme, on saluera le réalisateur pour sa capacité à ne pas céder aux sirènes de la comédie facile offerte sur un plateau d’argent.

Détails

Réalisateurs : David Michôd

Casting : Brad Pitt, Ben Kingsley, Topher Grace, RJ Cycler, Tilda Swinton, Will Poulter

Distributeur : Netflix

Date de sortie : 26 mai 2017

Budget : 60 millions $

Trailer en VOST

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