Critique ciné : La Tour Sombre, de Nikolaj Arcel

Longtemps redouté, maintes fois malmené, la Tour Sombre a vécu une production pour le moins houleuse. Portée pendant longtemps par Ron Howard, la saga devait opérer une transition complète vers grand et petit écran, à travers une série de films et une série tout court. Malheureusement, plus le temps passait, plus le projet semblait lui échapper, pour au final atterrir dans les mains de Nikolaj Arcel, bien connu pour rien du tout. Il était quasiment écrit que ce qui ressortirait de cette mauvaise histoire hollywoodienne ne serait pas à la hauteur de l’ampleur du projet initial.

Ce qu’on ne savait pas, c’est que ce serait aussi mauvais.

Le résumé

Le dernier Pistolero, Roland Deschain, est condamné à livrer une éternelle bataille contre Walter O’Dim, alias l’Homme en noir, qu’il doit à tout prix empêcher de détruire la Tour sombre, clé de voûte de la cohésion de l’univers. Le destin de tous les mondes est en jeu, le bien et le mal vont s’affronter dans l’ultime combat, car Roland est le seul à pouvoir défendre la Tour contre l’Homme en noir…

La critique

Recontextualisons un peu : la Tour Sombre est un récit épique de presque 3000 pages. Stephen King déploie un univers foisonnant, riche, dense, cohérent, naviguant entre tous les gens possibles et imaginables. C’est sa saga phare, son oeuvre centrale, de son propre aveu. La Tour Sombre, le film, c’est 1H30. 90 foutues minutes. A l’heure où la plupart des gros films font plus de deux heures (même le moindre Marvel insignifiant), comment est-il possible qu’une saga de l’ampleur de la Tour Sombre soit adaptée dans un format aussi court ? C’est à n’y rien comprendre.

Cette faible durée pose problème à deux niveaux. D’un côté, en tant qu’adaptation/suite, la Tour Sombre manque clairement de contenu. Du livre original, le film ne garde que le très strict minimum, à savoir le « combat » entre Rolan et Walter pour le maintien de la Tour avec Jake au milieu. C’est tout. Toute la densité du livre s’est perdue en chemin pour laisser sa place à des ralentis, de l’exposition foireuse, des personnages creux et quelques scènes d’action génériques.

La Tour Sombre est une mauvaise adaptation.

De l’autre, vous allez me dire « ouais, mais il faut bien que les gens qui n’ont pas lu le livre comprennent ». Oui, on est d’accord cher ami. Sauf que la Tour Sombre n’offre même pas suffisamment de matière pour en faire un film convenable. Rien n’est vraiment expliqué (alors que les personnages passent leur temps à déblatérer des inepties), tout semble rushé, bâclé. Walter est ici réduit à un simple rôle de méchant tout-puissant, aux motivations absentes mais à la langue bien (ou mal) pendue. Roland quant à lui est simplement blasé. La Tour est rapidement éclipsée au profit d’affrontements ponctuels, pour qu’au final « tout se termine bien et on repart pour de nouvelles aventures ». C’est ça la Tour Sombre ? Un face-à-face mou du gland entre un gentil très gentil et un méchant très méchant pour un phallus géant dont le seul rôle est d’être dans le titre ?

La Tour Sombre est un mauvais film.

La Tour Sombre aurait pu être un mauvais film, mais une adaptation fidèle. Ou une très mauvaise adaptation tout en étant un bon film. Bizarrement, Sony a préféré combiner les deux, pensant qu’il serait idiot de priver le grand public ou les fanatiques de la médiocrité du résultat. En ressort une pathétique série B, tout juste assez idiote pour jouer dans la cour des Underworld et autre Van Helsing.

Détails

Réalisateur : Nikolaj Arcel

Casting : Idris Elba, Matthew McConaughey, Tom Taylor, Katheryn Winnick

Distributeur : Sony

Date de sortie : 9 août 2017

Budget : 60 millions $

Trailer en VOST