Aujourd’hui est un jour particulier. Hier était aussi particulier et demain le sera tout autant, ainsi que tous les jours qui suivront, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mardi, j’ai découvert Mother!, le nouveau film de Darren Aronofsky. Depuis, ses images me hantent, littéralement. C’est ce qu’on appelle un choc. Un pur choc, de ceux qu’on ne reçoit qu’une fois tous les 10 ans. Par conséquent, cet article ne sera pas une critique, comme le titre l’indique avec tant de finesse. Si vous souhaitez une critique du film (forcément avec des spoilers), je vous redirige vers ce papier de Fosca sur SensCritique. Il résume parfaitement ce que j’ai compris du film et ce que j’en dis de manière générale.

Non, pour Mother!, je préfère faire un autre type de texte. Je vais plutôt vous parler d’un ressenti et de la façon dont Aronofsky s’y est pris pour me faire ressentir ces choses. Forcément, c’est encore plus subjectif que mes critiques (qui sont déjà extrêmement subjectives, je vous l’accorde).

Vous l’aurez probablement remarqué, il est pour ainsi dire impossible en 2017 d’aller voir un film et être surpris. Être surpris non pas par sa qualité, mais par sa nature même. Trailers et spots TV font souvent le nécessaire pour que le spectateur ne soit jamais désarçonné, tant pour les films grand public que pour les films les plus bizarres. L’attente est devenue un besoin aux yeux des producteurs/distributeurs/que sais-je. Et quoi de pire pour un film que de ne pas répondre aux attentes apparues suite à la communication préparée pour le film ? Qu’on se le dise : attendre quelque chose est le meilleur moyen de passer complètement à côté d’un film que l’on pourrait aimer.

En ce sens, la promotion de Mother! devrait devenir un modèle à suivre. Non pas qu’elle ne crée par d’attentes, loin de là. Et elle ne se la joue pas non plus « mystère, mystère, attendez l’inattendu ». Elle montre tout simplement le minimum. Montrer le minimum, ce n’est pas mensonger. Montrer quelque chose pour au final offrir quelque chose de complètement différent, c’est mensonger. Mother! n’est absolument pas dans ce cas de figure. Tout ce qui apparaît dans le trailer de Mother! est bien dans le film. Il vous montre ce à quoi vous pouvez vous attendre au minimum, contrairement à un film qui va vous faire saliver sur quelque chose pour au final tout vous reprendre et vous donner autre chose.

Avec Mother!, Darren Aronofsky nous emmène exactement là où on s’attend à aller. Le niveau minimum est rempli. Sauf que c’est Darren Aronofsky, un mec qui ne se contenterait jamais de ça. Du coup, il nous emmène plus loin, plus loin, plus loin, sans jamais s’arrêter. C’est de là que vient la surprise, le choc. Rien ne m’avait préparé à Mother!. Con comme je suis, j’avais mes attentes et je me disais juste : « j’espère que ce sera surprenant ». Je pensais uniquement à des twists qui découleraient des quelques images perturbantes du trailer, pas de ce que le film deviendrait.

Je n’ai jamais rien vu d’aussi taré et éprouvant que Mother!. Rien. J’ai beau avoir vu des Martyrs, des Serbian Film, des Saw. 1400 films et des brouettes. Rien. Aucun film ne m’a donné envie de hurler de douleur comme Mother!. Aucun film ne m’a poussé à me mordre les doigts ou à me dire « Non, c’est trop pour moi ». Darren Aronofsky m’a embarqué de force dans un trip malade, physiquement douloureux. Il ne s’est pas soucié de la fin de son voyage, des limites qu’il aurait peut-être du s’imposer. Excessif comme jamais, il m’a baladé dans un cauchemar vomitif et dérangé, à travers une avalanche de sons et d’images plus qu’oppressantes. Voyez-vous, aussi « sympathique » soit le scénario et l’interprétation qu’on peut en faire, c’est l’imagerie adoptée qui rend Mother! aussi dingue. Je connaissais déjà le réalisateur pour sa tendance à nous rapprocher des personnages, à rendre le cadre anxiogène, angoissant, à travers des jeux de lumière et des sons. Souvenez-vous de la fin de Requiem for a Dream. Mother!, c’est la même chose, décuplée au centuple.

J’étais tétanisé. J’ai littéralement vécu le film, ressenti le moindre cri de souffrance, le moindre son crispant, le moindre mouvement de caméra taré. A la sortie, je ne savais même plus penser. J’avais simplement des images en tête, l’impression d’avoir trempé la tête en Enfer avec un traumatisme à la clé. Dois-je lui en vouloir ? Non. L’expérience fut déplaisante, mais d’une intensité monstrueuse. Un pur moment de cinéma, fou, démesuré, jusqu’au-boutiste, too much, écoeurant, hypnotique. Je n’étais pas prêt pour Mother!, mais comment aurais-je pu l’être ? Croyez-moi, vous n’êtes pas prêt non plus.

Tout le monde ne ressentira pas le film de la même manière. Certains s’esclafferont devant l’excès, d’autres bailleront, habitués à des choses plus éprouvantes. Pour ma part, j’ai ressenti l’exact inverse des sensations procurées par The Fountain il y a dix ans. Celui qui est toujours mon film favori m’avait émerveillé. Mother! m’a fait souffrir. Chapeau Darren !

P.S : N’hésitez pas à commenter, à partager vos impressions, positives comme négatives, sur Mother!.

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