Critique ciné : The Revenant, de Alejandro G. Iñarritu

Il semblerait que la promotion des films ait pris un nouveau tournant ces dernières années. Aujourd’hui, pour bien vendre un film, vous devez insister sur les conditions particulièrement éprouvantes du tournage. Par exemple, sur le plateau de Suicide Squad, les acteurs étaient tellement investis qu’il fallait obligatoirement qu’un psy les suive. Mouais.

The Revenant a clairement adopté cette position. Leo a souffert, Leo a bouffé du cœur de bison, Leo en a chié. La promotion était taillée pour les Oscars, la gloire et tout ce qui va avec. Mais au final, sorti du tournage, que reste-t-il au nouveau chef d’œuvre auto-proclamé d’Iñàrritu ? Et bien pas grand-chose.

Scénario format timbre post : Leonardo DiCaprio est laissé pour mort, voit son fils mourir devant ses yeux et veut se venger. Bon, on a déjà vu beaucoup de chouettes films avec des intrigues minimalistes, c’est vrai. The Revenant n’en fait pas partie. Pourtant, les 30 premières minutes sont plutôt prometteuses. Un assaut ultra immersif, une lumière absolument sublime, du plan séquence en veux-tu en voilà. C’est violent, intense, exactement ce que j’en attendais. Parfait. Cette première demi-heure s’achève par l’attaque du grizzly, d’une puissance inouïe.

Puis le vide. Le grand vide. Le long vide.

Le plus dur avec The Revenant, c’est de se dire qu’après cette première demi-heure exemplaire, plus jamais l’on ne connaîtra pareil frisson durant les deux heures restantes. Leo gémit dans la boue, Leo rampe, Leo se donne à fond. Oui mais on se retrouve face la perf d’un acteur qui en veut tellement qu’il en perd toute sa personnalité. Vous vous souvenez du Loup de Wall Street ? DiCaprio y exposait tout son talent pour jouer l’excès dans des situations presque classiques. Il jouait un personnage excessif, toujours dans la débauche pure et le grand guignolesque. C’est ce qui faisait toute la saveur de son jeu. Ici, DiCaprio joue la souffrance comme les acteurs jouent la souffrance, le sourcil froncé et les ongles profondément plantés dans la terre fraîche. Mais son personnage n’a strictement aucune âme. Son sort importe peu car l’attachement est absent. La caractérisation des personnages est dans l’ensemble plutôt mauvaise. Un gentil qui souffre beaucoup beaucoup, un méchant vraiment méchant, des américains braves, des indiens sauvages et des français qui violent. Tout sauf subtil.

Pendant deux heures, on subit l’histoire plutôt qu’on ne la vit. L’immersion offerte par la mise en scène ne parvient pas à masquer le vide total du propos du film. The Revenant est long et chiant et pénible et chiant et long. Le film n’a été pensé que pour l’exploit technique qu’il représente. Comme Birdman, The Revenant n’existe que pour qu’Iñàrritu puisse prouver à Iñàrritu qu’il est au-dessus de la masse. Beau, mais creux. Bien joué, mais sans personnalité.

On saluera un film très technique qui rejoindra rapidement Babylon A.D dans la fosse des films dont le making-of est plus intéressant que le produit fini.