Avis bullesque : Evil Empire, paru chez Glénat Comics

Le « nouveau » label Comics de chez Glénat vient d’avoir un an. Sur l’année écoulée, j’ai déjà pu me faire un petit stock de très bons livres, avec entre autres du Sex Criminals, du Pretty Deadly, du Lazarus ou encore du Infinite Loop. Pourtant, s’il y a bien une chose que j’ai eu du mal à faire chez Glénat, c’est tout simplement rentrer dans une boutique et prendre un livre sur un coup de tête. Chez Urban Comics, ça m’arrive. Mais le catalogue de Glénat est tellement particulier, difficile de prendre un livre sans craindre la déception. J’ai quand même fini par faire le grand saut. En voyant la couverture de Evil Empire, j’ai cru qu’il s’agissait d’une histoire de vampires. C’est ce qui m’a empêché de m’y intéresser au début. Puis à force de le voir en rayon une fois, deux fois, trois fois, je l’ai acheté. Et je me suis rendu compte que j’avais tout faux au sujet du livre. Evil Empire ne parle pas de vampires, mais alors pas du tout.

Résumé (pris sur le site Glénat Comics)

Reese est une rappeuse politiquement engagée, très virulente à l’égard de la campagne électorale en cours aux USA. Lors d’un concert, l’un des principaux candidats, Sam Duggins, vient lui rendre visite dans sa loge. En sympathisant avec elle, cet habile politicien espère secrètement pouvoir tirer profit de son public, et, pourquoi pas, s’assurer le soutien de la chanteuse. Le pays se retrouve alors déchiré dans un débat sur le sens du bien et du mal. Reese doit faire quelque chose si elle ne veut pas que le peuple américain se mette à soutenir les idées d’un homme fou…

Ce que je pense de Evil Empire

En 1999, Transmetropolitan était en quelque sorte le sale gosse énervé qui donnait des coups de pied rageurs dans les châteaux de sable des autres enfants à la plage, avant d’en construire un autre, plus difforme, par-dessus.

En 2016, Evil Empire, c’est un peu le fils encore plus mal élevé de ce mioche devenu adulte. Furieux, violent, vulgaire. A la plage, il ne détruit plus les châteaux, il attaque directement les bâtisseurs.

Si je devais résumer Evil Empire en une phrase, je dirais qu’il s’agit de Transmet’ dans le présent et sans l’humour. Enfin, partiellement dans le présent. Le bouquin s’ouvre sur un futur bordélique dans lequel les gens baisent dans les rues et les handicapés se font tabasser par les forces de l’ordre. Comment en est-on arrivés là ? C’est ce que Max Bemis va nous raconter à travers des flashbacks sur la situation actuelle, à travers des personnages excessifs et pourtant étonnamment proches de notre réalité.

Là où Transmetropolitan s’attaquait au mélange politique/technologie avec toute une chiée de trouvailles absolument géniales, Evil Empire se cantonne à la politique seule dans un cadre réaliste. Une élection, un candidat en apparence sympa et un enfoiré de première, de l’opportunisme : toute ressemblance avec une situation réelle est tout sauf fortuite. Evil Empire arrive à point nommé pour asséner un gros coup de genou dans les roustons, avec ses complots, ses coups bas, sa corruption et ses discours malfaisants. D’ailleurs, la violence des paroles a de quoi choquer et interpeler. Bemis s’est complètement lâché sur la vision chaotique offerte par son Trump imaginaire. On pourrait même dire qu’il en fait trop et tombe parfois dans la facilité, avec des répliques très difficiles à imaginer dans un contexte réaliste. Mais quand on entend certaines déclarations dans notre monde réel, est-on finalement si loin de la Vérité ?

La virulence du discours n’est pas la seule influence qu’aurait pu avoir Transmetropolitan sur le livre de Bemis, certaines planches nous rappellent inévitablement le chef d’œuvre d’Ellis. Toute la partie artistique est très soignée, avec beaucoup de personnalité et un goût assez prononcé pour la violence graphique. Ransom Getty a une patte très sympathique, facilement reconnaissable, avec des personnages très expressifs et surtout très différents les uns des autres. Mention spéciale au look de Reese !

Evil Empire est l’une de mes premières vraies belles surprises de 2016. Bemis se sert de son œuvre pour régler ses comptes avec la politique et même s’il manque parfois de finesse, il pose son doigt là où ça fait mal. Comme Transmetropolitan il y a 15 ans en fait, l’inventivité en moins, le réalisme en plus.

Evil-empire-glenatDétails

Titre : Evil Empire T1 – Nous le peuple !

Equipe créative : Max Bemis (scénario), Ransom Getty (dessin)

Editeur : Glénat Comics (Sa page Facebook), Boom Studios en version originale

Date de sortie : 3 février 2016

Où puis-je acheter Evil Empire ?

Quand est-ce que je pourrai lire la suite ?

Dès le 6 juillet 2016, toujours chez Glénat Comics.

Où puis-je précommander le Tome 2 : La désunion fait la force ?

En bonus, quelques couvertures (parce qu’elles sont magnifiques)

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