Hellblade: Senua’s Sacrifice, de folie en mythes Nordiques

Qu’il s’agisse de Heavenly Sword, Enslaved ou DMC, les créations des Anglais de Ninja Theory ont toujours eu ce petit goût singulier des gros jeux qui auraient pu être grands. Charmantes mais on ne peut plus imparfaites, ces productions souffraient toutes d’ambitions castrées. Jusqu’à aujourd’hui. Après 3 ans de développement vaporeux, Hellblade: Senua’s Sacrifice, la première œuvre auto-éditée de Ninja Theory, est de sortie, prête à perdre les joueurs dans sa folie. Et force est de constater qu’indépendance est synonyme de délivrance chez nos amis d’outre-Manche, par Odin !

Senua, trop humaine

Aussi éloigné qu’on puisse l’être des couleurs de Enslaved et de la dégaine de DMC, le monde de Hellblade et Senua, son héroïne atypique, transpirent la douleur. Il faut dire qu’il est difficile de laisser place à de la légèreté ou de la dérision alors que la jeune femme souffre de troubles psychologiques assez prononcés. Entre hallucinations et petites voix, le programme est chargé. Ajoutez-y une petite malédiction, juste histoire d’alourdir le tableau, et vous obtenez l’un des personnages les plus troublants de ces dernières années. On connaissait l’amour de Ninja Theory pour les caractères forts, mais jamais le studio n’avait poussé son concept aussi loin. Rarement exploitée dans les jeux vidéo, la folie est ici un véritable terrain d’expérimentation pour les développeurs, pour qui l’immersion devient primordiale. Narration, énigmes, progression, l’ensemble se veut bien plus organique que chez le reste de la production vidéoludique, d’autant plus que tout le travail sur la mise en scène relève du divin.

Au fur et à mesure de sa progression vers Helheim afin de sauver l’âme de son défunt amant, Senua nous semble de plus en plus proche et entame avec le joueur une relation à la limite de l’intime. Sa folie devient palpable, les scènes cauchemardesques et l’aventure vire au viscéral, aidée par un mixage sonore parfait (n’ayons pas peur des mots) et un jeu d’acteur phénoménal. Les développeurs de Ninja Theory expriment ici tout leur talent de narrateurs et nous offrent l’aventure la plus puissante, immersive et intense de la génération (et probablement de la précédente). Rarement des cris n’auront semblé si physiquement éprouvants, si durs à encaisser, entre deux séquences éreintantes et malades. Comment ne pas suffoquer dans l’antre de la Bête Fenrir ou lors de la traversée de la Mer des Cadavres ? Sans être racoleur, le jeu parvient à offrir quelques scènes particulièrement explicites, mais jamais gratuites. Tout a un prix dans le monde de Senua et c’est bien souvent la santé mentale de notre héroïne qui en pâtit.

Simplisme ou simplicité ?

Si Hellblade a permis aux développeurs d’expérimenter sur la narration, la mise en scène et la caractérisation des personnages, le gameplay quant à lui s’avère nettement plus classique. Ici, pas de monde ouvert, pas d’activités annexes. Hellblade est une simple ligne droite vers l’Enfer et tout juste pourra-t-on trouver quelques énigmes pas bien compliquées (mais redondantes) et des combats basiques mais dynamiques pour qui adhère à l’école Ninja Theory. Rien de bien méchant en somme, cette simplicité permet avant tout au studio de mettre l’accent sur ce qui importe ici, à savoir tout le reste. Notez tout de même que ces phases « couloir » permettent de profiter du background de Hellblade. Loin de faire dans le fan service, Ninja Theory puise dans la mythologie nordique pour alimenter l’univers de son bébé et non pas pour justifier une quelconque apparition d’un blondinet au casque ailé. En résulte une utilisation judicieuse des légendes qui trouvent alors un écho dans le parcours sinueux de Senua.

Hellblade: Senua's SacrificeEnfin, il est important de souligner que Hellblade figure tout simplement parmi les plus beaux jeux sortis à ce jour, aussi bien techniquement qu’artistiquement. Modélisation, effets, textures, l’ensemble forme un tout cohérent, au service d’une direction artistique travaillée (©). Aucun élément ne semble faire tache, pas même un framerate d’une stabilité exemplaire ou une éventuelle faute de goût dont seul Ninja Theory a le secret.

Véritable ovni narratif au milieu de productions formatées, Hellblade peut représenter tout ou rien. D’un côté, il s’agit du jeu le plus limité de Ninja Theory en termes de gameplay. De l’autre, c’est l’œuvre la plus jusqu’au-boutiste du studio Britannique, parsemée de scènes fortes et d’instants de folie pure. Hellblade ne se joue pas, il se vit, aux côtés de son héroïne torturée et prête à en découdre avec la noirceur de son esprit. Il a beau ne pas offrir 47 combos différents ou une quête du Baron Sanglant, Hellblade marquera par la singularité de son propos et la réussite de sa démarche artistique. Chef d’œuvre. Voilà, c’est dit.

Les à-côtés

Trailer de lancement