Bien esquinté par un Sabotage aussi peu encensé par la critique que par le public, le trop bavard David Ayer n’en finit plus de plonger. En 2016, son Suicide Squad n’avait fait que creuser le sillon entamé deux années auparavant (malgré un excellent Fury) et 2017 ne semble pas changer la donne pour le réalisateur américain. Premier véritable blockbuster de Netflix pour certains (Okja en est un, on vous rassure), Bright avait tout du projet à “basher” : une plateforme décrié, un réalisateur impopulaire, un acteur vieillissant et surtout un scénario invraisemblable. Depuis sa sortie, le film essuie des critiques particulièrement virulentes. Si certaines sont parfaitement justifiées, on ne peut s’empêcher d’avoir envie de défendre le petit. Car à défaut d’être brillant, Bright est loin d’être aussi atroce que ce que les reptiliens veulent nous faire croire.

Bande-annonce

Ce qu’on a pensé de Bright

Fées nuisibles, orcs opprimés, baguette machine à retrouver : l’univers dans lequel Bright prend place est délicieusement singulier. Max Landis (scénariste ici) et David Ayer ont fait un véritable effort afin de proposer un cadre cohérent, à défaut d’être parfaitement crédible. Ainsi, on parlera souvent de croisement entre End of Watch, avec lequel Bright partage ses origines policières, et à peu près n’importe quel film d’heroic fantasy, bien que pour un premier essai, le film ne va pas chercher bien loin. On aurait pu penser que ce contexte permettrait au fils Landis de se lâcher un peu, lui qu’on connaît pour l’excentrique série Dirk Gently. Visiblement, ce ne sera pas pour cette fois. Bright est un bête buddy movie auquel on aurait greffé un mod Elder Scrolls. Charmant, mais plutôt creux.

Heureusement, si l’écriture de Landis manque clairement de folie, David Ayer n’a pas perdu ce qu’on appréciait de lui il y a encore quelques années. Il maîtrise depuis très longtemps les codes du genre et nous le fait comprendre dès l’introduction. Qu’il s’agisse des gunfights, des courses poursuites ou simplement des joutes verbales entre flics, on est en terrain connu. Pourtant, un petit quelque chose nous fait dire que David Ayer, conscient du passif de son interprète principal, a tenté d’insuffler un peu de Bad Boys dans son dernier film, avec plus ou moins de réussite. On n’avait pas revu Will Smith aussi bavard depuis un bail et son retour ne pourra qu’enchanter les amateurs du diptyque de Michael Bay (dont nous faisons bien évidemment partie). Il est évident que l’habituelle noirceur des films estampillés Ayer n’est pas pleinement compatible avec la vibe Bad Boys, et cela se ressent sur certains passages qui peuvent paraître forcés. La tchatche de l’acteur apporte tout de même une légèreté bienvenue. Dommage que Joel Edgerton soit souvent à la ramasse face à lui.

On en vient tout de même à se demander pourquoi Bright a subi une telle tempête critique. David Ayer est-il définitivement sur la liste des réalisateurs blacklistés de certaines revues ? Est-ce la photographie de Roman Vasyanov qui déclenche de telles émeutes ? Ou alors le côté playlist Spotify de l’ensemble ? On ne le saura jamais. Aux adjectifs “con” et “idiot” qu’emploient les critiques, nous préférerons parler de “simple”. Parce que Bright n’est pas plus stupide que n’importe quel autre buddy movie (The Nice Guys mis à part). Il a juste été réalisé par un mec conspué, écrit par un harceleur égocentrique et rendu disponible sur une plateforme qu’il est devenu fun d’allumer. On a connu meilleur timing.

Aussi creux qu’intriguant et divertissant que déséquilibré, Bright a pour lui un rythme soutenu et un univers charmant qui ne demande qu’à être creusé à travers une franchise. Car c’est précisément là que réside le véritable problème de Bright : il manque clairement d’ambition. Pour 90 millions, Netflix se contente d’un blockbuster trop simple, qui ne manque pourtant pas d’identité. Au moins, on ne pourra pas reprocher au réalisateur de nous avoir offert autre chose que ce qui avait été vendu, à savoir un film d’action basique mais efficace avec des orcs gangsters. Ni plus, ni moins.

Détails

Bright, David Ayer - Poster

Réalisateur : David Ayer
Casting : Will Smith, Joel Edgerton, Lucy Fry, Noomi Rapace
Distributeur : Netflix
Date de sortie : 23 décembre 2017
Budget : 90 millions $

Le baromètre Good Taste Police :

Dans un monde contemporain alternatif, humains, orcs, elfes et fées coexistent depuis le début des temps. Défiant les genres, Bright est un film d’action qui suit deux policiers issus de milieux différents, Ward et Jakoby. Confrontés aux ténèbres lors d’une patrouille nocturne de routine, ils voient leur avenir et leur monde se métamorphoser à jamais.